En mars 2005, l'Esperluette a participé au colloque pour les "deux alphabets pour l'école". Initiée par le rectorat de Rouen, en partenariat avec le Musée nationnal de l'Éducation-INRP/Rouen, cette semaine de débats, de conférences et d'ateliers pour des élèves de différents niveaux a réuni des graphistes et des calligraphes avec des inspecteurs, des conseillers pédagogiques et des enseignants. Les actes de ce colloque sont visibles à cette adresse : http://www.inrp.fr/images/musee/pdf/colloque_alphabet.pdf
Écrire à l'école
Les enseignants qui font appel à l'Esperluette pour des interventions dans les classes souhaitent généralement présenter aux enfants la calligraphie sous un angle plastique et artistique. Très peu attendent une action sur l'acquisition de l'écriture ou une initiation à la typographie. La plupart n'imagine pas à quel point l'approche de l'écrit pourrait recouvrir des aspects éducatifs plus larges.
La plupart des professeurs des écoles n'ont reçu aucune formation pour l'enseignement de l'écriture manuscrite : on apprendrait à écrire comme à parler, c'est à dire d'une façon en partie innée. Que le professeur sache écrire ne garantit pas que son écriture constitue un modèle. Si ses gestes sont erronés et non adaptés à leur reproduction par l'enfant, l'acquisition est rendue très difficile. L'enfant ne peut pas comprendre la logique de l'écriture et la cohérence des formes. C'est un frein important pour la progression.
Aujourd'hui, l'écriture manuscrite se limite presqu'à la correspondance privée et aux usages scolaires, la plus grande partie des écrits étant pris en charge par les nouvelles technologies. Ce fait a renforcé l'idée qu'il n'était plus indispensable d'assurer un enseignement de l'écriture et des codes de la langue imprimée. Ainsi à l'école, quantité de productions écrites, imprimées ou non sont réalisées dans l'ignorance des aspects visuels, culturels et linguistiques.
Écrire facilite la compréhension de la langue, la réflexion et l'expression personnelle. C'est aujourd'hui encore le moyen privilégié pour accéder à la culture écrite, fondamentale dans notre civilisation.
Qu'apporte la calligraphie à l'école ?
L'objectif principal est de faire faire l'expérience de la joie, du plaisir à écrire et de situer ce geste dans une filiation culturelle. Le calligraphe connaît les structures de la lettre, il peut mettre en place les contraintes contribuant à créer les conditions qui favoriseront la compréhension du code et l'acquisition d'une écriture vivante, lisible et personnelle.
Le travail sur les formes des lettres des différentes périodes, avec des outils variés, à plusieurs échelles, facilite l'acquisition de bases solides et la compréhension de la logique de l'écriture.Le calligraphe aborde l'écrit en prenant en considérations des éléments kinesthésiques : la posture, la respiration, le rythme. La pratique de la calligraphie requiert de la concentration. Elle ne doit pas provoquer de crispations. Tout au contraire, un état tranquille doit s'installer où la personnalité peut s'exprimer. Alliant maîtrise du corps et de l'esprit, elle agit sur les rythmes et les énergies corporelles.
Cette réflexion s'enrichira au contact des classes, des équipes enseignantes et des discussions. Nous essayons de constituer un groupe de recherche sur ce sujet. Contactez-nous pour y participer.
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